Assemblée générale du 19 janvier 2019: bilan moral de 2018

Assemblée générale de l’association des Amis de Flaubert et de Maupassant,
19 janvier 2019

Rapport moral

Vie de l’association des Amis de Flaubert et de Maupassant pour l’année 2018

Un nouveau conseil d’administration

Lors de l’assemblée générale du 27 janvier 2018, un nouveau conseil d’administration a été élu. On en trouvera la composition au verso de la page de titre de ces Cahiers : quelques arrivants, quelques partants, mais une équipe reconduite pour la majorité de ses membres. Cette assemblée générale a été précédée par une assemblée extraordinaire consacrée à l’adoption de statuts actualisés. Ils sont publiés à la fin de ce volume, tels qu’ils ont été enregistrés en Préfecture de la Seine-Maritime, le 14 mars 2018 : les précédents dataient de la refondation de l’Association, en 1991. Huit jours plus tard, le 3 février, le conseil d’administration fraîchement élu a choisi un nouveau président. Après deux mandats de trois années chacun, Joëlle Robert avait souhaité ne pas se représenter. Yvan Leclerc, désormais à la retraite de l’enseignement, peut consacrer plus de temps à l’Association des Amis de Flaubert et de Maupassant. Il mesure la responsabilité qui sera la sienne pendant les trois années à venir, dans la continuité du travail accompli par Daniel Fauvel, premier président, pendant vingt-et-un ans, de l’Association qu’il a refondée en 1991, et par Joëlle Robert, à partir de 2012. Pendant deux mandats consécutifs, elle a consacré beaucoup de temps à l’Association, en étroite collaboration avec Michèle Santo, pour la faire vivre, lui donner un rayonnement local, national et international, et la diversifier en engageant de nouvelles actions. Le président récemment élu sait qu’il pourra compter sur le soutien de tous les membres du conseil d’administration, dont chacun remplit une mission bien précise, et sur l’attachement des fidèles adhérents. Le mandat de trois années qui s’ouvre est d’autant plus important que l’Association devra préparer la commémoration du bicentenaire de la naissance de Flaubert, en 2021. Mais que les lecteurs de Maupassant se rassurent : nous n’oublierons pas celui que le calendrier nous a donné l’occasion d’honorer en 1993 et en 2000.

Quatre journées d’études

Chaque année, l’Association consacre plusieurs journées entières à un sujet d’études, avec cinq ou six intervenants. Nous aimons mélanger les voix et les statuts, placer de jeunes chercheurs et chercheuses à côté de personnes expérimentées, inviter des intervenants étrangers, faire alterner des historiens et des littéraires, des spécialistes « pointus » et des connaisseurs des archives locales. Il nous semble que toutes les approches sont bonnes pour parler de nos deux écrivains, normands par leur biographie et universels par leur plume. Nous avons déjà traité de nombreux sujets ; nous tentons de nous renouveler, en saisissant les opportunités des rencontres personnelles, des publications récentes, des événements ou des idées qui sont proposées par les adhérents ou par les membres du conseil d’administration. Chacune de ces journées est placée sous la responsabilité d’un organisateur différent, membre du conseil d’administration ou non. Ainsi, Guy Pessiot s’est chargé, avec un collectionneur et connaisseur passionné, Jean-Christophe Coulot, de la journée consacrée à Eustache-Hyacinthe Langlois (le 24 mars), personnalité attachante, peintre, dessinateur, graveur, archéologue, auteur, ami et portraitiste de la famille Flaubert, de Gustave en particulier, qu’il dessine à l’âge de 9 ans. Le jeune homme ne l’a pas connu longtemps, puisqu’il meurt quand il avait 16 ans, mais il a compté pour lui, par son tempérament et par ses livres sur La Danse des morts, sur les vitraux et sur les Énervés de Jumièges, au point qu’il parle de « la place du père Langlois », dans une lettre à sa mère. Françoise Mobihan a pris la barre de la deuxième journée (le 16 juin), consacrée à Maupassant navigateur, en eau douce mais surtout en pleine mer, à bord de ses deux yachts Bel-Ami. Pour cette rencontre qui a louvoyé entre histoire de la navigation de plaisance, reconstitution virtuelle des sorties en mer, grâce aux techniques informatiques les plus modernes, étude littéraire de Sur l’eau, peinture et musique (un opéra sur ce thème est en cours de préparation), l’auditoire s’était délocalisé dans un lieu approprié : la « Péniche », posée au sec à côté du Musée Maritime de Rouen. Nous sommes attachés au siège historique des Sociétés savantes, l’Hôtel situé rue Beauvoisine, d’autant que nous l’avons inauguré début janvier 2018 après restauration par la Métropole (fauteuils confortables, rideaux neufs qu’on peut enfin ouvrir sur les maisons à colombages, de l’autre côté de la rue…), mais il nous plaît parfois de sortir de ces murs vénérables pour respirer un autre air et transporter nos auteurs dans des lieux inhabituels, à la rencontre possible d’autres publics. La troisième journée a été proposée par Yannick Marec, son groupe de recherche d’histoire à l’université de Rouen, le GRHis, étant en relation avec l’université et le Musée Tourguéniev d’Orel, la ville natale du « Moscove », comme l’appelait Flaubert. 2018 est en effet l’année Tourguéniev, né en 1818. L’occasion était trop belle de réunir les spécialiste de l’auteur (le 6 octobre), dont Alexandre Zviguilsky, président de l’Association des Amis d’Ivan Tourguéniev Pauline Viardot et Maria Malibran, ainsi que deux intervenantes venues de Russie, pour parler de celui qui fut l’ami de Flaubert et de Maupassant, traducteur du premier et introducteur du second dans son pays d’origine. Le 29 juin, une délégation de notre association s’était rendue à Bougival, à l’invitation d’Alexandre Zviguilsky, pour l’inauguration d’une plaque apposée à l’entrée de la villa « La Garenne », où Flaubert a séjourné les 26 et 27 août 1874. La quatrième et dernière journée (le 17 novembre) remplit la fonction indispensable des « Varia » dans toutes les (bonnes) revues, dont la nôtre : offrir aux auditeurs, puis aux lecteurs, le meilleur de la recherche actuelle, des projets et des publications récentes. Entre tous les livres consacrés à nos deux auteurs, nous nous réjouissons de la sortie de l’ouvrage dû à Daniel Fauvel et Hubert Hangard, Fortune et Infortune des Flaubert – Répertoire (Wooz Éditions, 2018), résultat d’une dizaine d’années de recherches dans les fonds d’archives de la Seine-Maritime et d’ailleurs. On y trouve, par ordre chronologique, depuis la naissance d’Achille Cléophas Flobert [sic] en 1784 jusqu’au décès d’Achille Flaubert en 1882, des centaines de références aux documents d’état civil, notariés, judiciaires, fiscaux, qui permettent de suivre par ce fil rouge les événements et les aléas d’une grande famille.

Voyages d’étude

Tantôt en terres flaubertiennes, tantôt en terres maupassantiennes, une année l’autre. L’année dernière, c’était le Palais de Compiègne, où Flaubert fut l’hôte de Napoléon III. Cette année, place à Maupassant. Nous n’avions pas pris le car pour Étretat depuis longtemps. Le voyage (le 14 avril), organisé par Arlette Dubois et Bénédicte Duthion, a été rendu possible par Benoit Reverdy, qui ouvre de nouveau les portes de « La Guillette » aux visiteurs (enchantement du lieu : sa longue allée, la maison cachée par les arbres, le balcon, le vitrail de l’escalier, la caloge à l’arrière…). Grâce à son entremise, les voyageurs en littérature ont pu assister à un spectacle-lecture « Maupassant en toute intimité », par David Delanou, de la compagnie « Maupassant se met en scène », et entrer dans les jardins des Verguies, propriété privée exceptionnellement ouverte pour nous ce jour-là. Émotion de se trouver dans ce jardin où le petit Maupassant a dû gambader. Cet arbre- là, l’a-t-il connu ? Merci à Benoit Reverdy de nous faire toucher au plus près ces lieux de vie et d’inspiration. Autre lieu d’inspiration, et d’écriture : la falaise de Bénouville, à rude pente (on était prévenu : 50 m de montée raide sur le bord de la valleuse ; prière de laisser les escarpins à la maison pour s’équiper de bonnes chaussures de marche), mais la récompense attend tout là-haut : Guy Lemonnier lit par étapes, le long de quatre kilomètres sur fond de mer, l’intégralité de la nouvelle Miss Harriet, dont l’action se passe précisément ici. « Donc, en errant ainsi par ce pays même où nous sommes cette année, j’arrivai un soir au petit village de Bénouville, sur la Falaise, entre Yport et Étretat. » Lecture in situ, comme disent les performeurs des installations artistiques. Et ça fonctionne. On est submergé par la pitié : « pauvres êtres solitaires, errants et tristes des tables d’hôte, pauvres êtres ridicules et lamentables ». On a beau connaître la fin, on la redoute, on la sent venir, on verse une larme, laquelle se confond heureusement avec les gouttes de pluie qui commencent à tomber. Personne n’a vu qu’on est toujours victime de l’illusion créée par la fiction, surtout si le lecteur a cette voix profonde et naturelle qui semble sortir du livre lui-même.

Autre voyage, en plus petit comité : Ouville-la-Rivière (30 juin), où nous accueille la propriétaire du château où Flaubert a passé une dizaine de jours en six séjours, entre 1861 et 1878, chez sa nièce Julie, dite Juliette, la fille de son frère Achille, laquelle avait fait construire la villa « Salammbô », dont le propriétaire nous a également ouvert les portes. Visite à la dernière demeure, avant de repartir : grâce au maire de la commune et à la secrétaire de mairie, nous retrouvons la tombe de Julie Roquigny (1840-1927) et celle de son fils Ernest (1861-1934). Il manque le mari, Adolphe Ernest (1832-1865), qui s’est suicidé dans le château, et leur fille Jenny Louise, morte en bas-âge (1865-1868). Commence alors une petite enquête. Adolphe Ernest résidant à Rouen au moment de son décès, l’idée nous est venue de consulter les registres des cimetières, et d’abord celui du Monumental. La tombe du père et de la fille s’y trouve en effet, juste en dessous de celle de la famille Flaubert, complètement envahie par une végétation qui cachait la pierre. Avec l’aide du jardinier du cimetière, nous avons coupé le saule marceau (dixit le jardinier), le laurier et les buis, qu’on aurait voulu conserver, mais ils étaient malades… C’est aussi notre rôle, dans l’Association, que d’entretenir les tombes de Flaubert, de Maupassant, de leurs proches et de leurs amis, en l’absence d’héritiers…

Lectures

Des lectures comme celle de Miss Harriet, l’Association a pris ce goût, cultivé depuis longtemps déjà pendant la période des journées « Lire en fête », qui ont existé entre 1998 et 2008. Nous maintenons la tradition grâce à plusieurs membres du conseil d’administration, en particulier Gilles Cléroux et Joël Dupressoir, celui-ci participant par ailleurs au cercle de lecture à voix haute de Canteleu, « Le Lire et le Dire ». En prêtant leur voix à Flaubert et à Tourguéniev, ils ont ponctué la journée d’étude du 6 octobre par des lectures d’extraits de la correspondance. Faire entendre les textes dont on ne se lasse pas, voilà aussi l’une de nos missions. Au début de l’année, pour la « Nuit de la lecture » (20 janvier), nos deux lecteurs avaient revêtu la robe blanche du voyageur d’Orient pour lire en alternance des extraits des lettres d’Égypte de Flaubert. Quelques séquences de leur lecture sont disponibles sur la chaîne Youtube de l’Association, par la requête « Association des Amis de Flaubert et de Maupassant ». Des contes et des nouvelles de Maupassant ont été lus lors d’une après-midi (le 18 mai) organisée à l’auditorium des Beaux-Arts par Joëlle Robert, en partenariat avec le GIHP (Groupement pour l’Insertion des personnes handicapées physiques de Normandie). Salle pleine d’adhérents, de parents et d’amis des lecteurs et des lectrices, ferveur, paroles et musique. La lecture aide à vivre, à être ensemble. Belle expérience humaine et littéraire, que nous rééditerons en 2019.

Rencontres à l’Hôtel littéraire Flaubert

La lecture des extraits de lettres du voyage d’Orient a eu lieu à l’Hôtel littéraire Flaubert, situé au 33, rue du Vieux-Palais, à Rouen. Il appartient à la Société des Hôtels littéraires, présidée par Jacques Letertre, lequel a ouvert quatre hôtels littéraires, au gré de ses passions de lecteur et de collectionneur : deux à Paris, consacrés à Proust et à Marcel Aymé, un à Alexandre Vialatte dans la ville de Clermont-Ferrand, et donc un Hôtel littéraire Flaubert, le deuxième du groupe dans l’ordre des ouvertures, en 2015. Nous savons gré à Jacques Letertre, à Delphine Quétel, directrice de cet hôtel et à Hélène Montjean, conseillère littéraire, de nous accueillir régulièrement pour des rencontres avec des auteurs. Dans notre comité d’administration, c’est Joëlle Robert qui est chargée de cette programmation et qui anime les rencontres avec les auteurs. Cette année, ont été invités pour le Dictionnaire Flaubert (Champion, 2017), sa directrice Gisèle Séginger ainsi que des membres du comité scientifique et des auteurs d’articles, dont Norioki Sugaya, Joëlle Robert, Yannick Marec et Yvan Leclerc (le 16 mars) ; Jeanne Bem pour son essai Flaubert, un regard contemporain, Éditions universitaires de Dijon, 2016 (le 23 mars) ; la romancière Catherine Vigourt pour Le Retour de Gustav Flötberg, Gallimard, 2018 (26 mai) et Françoise Mobihan pour Le Paris de Maupassant, Éditions Alexandrines, 2018 (le 15 juin). Dans un décor très littéraire, devant une bibliothèque flaubertienne, entre des murs couverts de reproductions de manuscrits et de dessins représentant des amis du romancier, sous l’œil attentif d’un perroquet empaillé, nous vivons là des moments de grâce, dont certains ont pu être enregistrés par une caméra bénévole, et sont en ligne sur notre chaîne YouTube.

Invitations à la Bibliothèque municipale de Rouen

Parmi nos partenaires fidèles, nous avons plaisir à mentionner la Bibliothèque municipale de Rouen et sa directrice adjointe en charge des fonds patrimoniaux, Anne-Bénédicte Levollant, ainsi que tout le personnel attaché à la conservation. Les participants à la journée Langlois ont pu se pencher sur des documents conservés à la Bibliothèque-Villon, lors d’une exposition organisée à notre intention. Et Virginie Beaunier a su trouver un fil rouge flaubertien pour faire découvrir (le 6 avril), à l’occasion d’une visite réservée à nos membres, l’exposition « Curieux mélange », inventive, ludique et savante.

Rencontres avec le public

Nous avons ainsi de nombreuses occasions de rencontrer nos adhérents. Mais aussi un public plus large lors du Forum des associations de la ville de Rouen (8 septembre), au Quai des livres (16 septembre) ou au Salon des sociétés savantes (13 octobre). Nous y tenons des stands, avec des programmes, nos Cahiers récents et d’anciens bulletins, dont certains remontent à la première association des Amis Flaubert, créée en 1951. Nous discutons à bâtons rompus avec des lecteurs et des non-lecteurs, des lecteurs occasionnels ou compulsifs, d’anciens élèves que l’école a dégoûtés des auteurs classiques, d’autres qui se sont mis à relire sur le tard, et à découvrir ce qu’ils croyaient connaître. Certains détestent Flaubert et adorent Maupassant, ou l’inverse. Il arrive qu’on aime les deux. Alors, on prend un programme, un bulletin d’adhésion. Il arrive même qu’on parte en laissant un chèque d’adhésion.
Bref, autant d’histoires, parfois romanesques, avec les livres. C’est par et pour ce public, curieux, avide, jamais blasé, que nous continuons à exister.