Mort de Gaston Bouquet

Les Amis de Flaubert – Année 1968 – Bulletin n° 33, page 37

 

Nos morts

Gaston Bosquet

Vice-Président des Amis de Flaubert (1899-1967)

Quoique nous sachions que sa santé était fort compromise, les membres des Amis de Flaubert qui s’occupent activement de la préparation du bulletin, ont été surpris de recevoir en octobre 1967, la lettre mortuaire de notre ami Gaston Bosquet, notre vice-président, fonction qu’il avait difficilement acceptée, prétextant que demeurant au Chesnay, près de Versailles, il lui serait difficile d’être véritablement utile à notre société. C’était se tromper, mais nous aimons que notre société, si elle est rouennaise de fait, soit une société nationale, et que Paris en particulier soit représenté dans notre bureau.

Nous regrettons profondément sa disparition, car il était à nos yeux le type même du membre dévoué et actif, que nous voudrions trouver plus nombreux dans notre société. Il avait le sens du dévouement, une sorte de foi pour l’œuvre littéraire de Flaubert et nous étions émus de cet attachement et de cette admiration.

Il venait chaque année passer quelques jours à la bibliothèque municipale de Rouen, pour consulter les manuscrits de Flaubert. Il était heureux de nous rencontrer et de passer quelques heures amicales avec nous.

Né à Coutances, en Basse-Normandie, en 1899, il avait été élève du lycée de sa ville natale. Il s’engagea comme soldat, à 18 ans, dans la première guerre mondiale. A son retour des tranchées, il prépara la licence d’anglais à la Sorbonne, puis voyagea en Ecosse, en Italie et en Suède, comme précepteur du fils de l’ambassadeur de Roumanie à Paris.

Il fut nommé professeur d’anglais au collège technique de Tourcoing. En 1931, il obtint la licence de langue russe à la faculté de Lille. Après la guerre de 1939, il devint professeur au lycée Jules Ferry à Versailles, jusqu’en 1959, année où il prit sa retraite, continuant à donner des heures de cours d’anglais à l’Atrium du Lycée à Paris. Sa vue devint mauvaise, il subit une grave opération en 1963, qui lui fit perdre un œil, et devint complètement aveugle en 1965. L’une de ses dernières joies fut de donner une conférence sur la Genèse de Madame Bovary dans sa ville natale.

Il se faisait lire, par sa dévouée épouse, les derniers bulletins de notre société et il regrettait amèrement de n’avoir pu rédiger un article sur la maladie nerveuse de Flaubert, malgré les nombreuses notes qu’il avait prises, car ce fils de médecin était attiré par les recherches médicales, profession qui aurait sans doute été la sienne, sans la guerre de 1914, et il était heureux que son fils unique ait repris la tradition familiale, en s’établissant comme médecin dans la Manche.

Voici une noble vie. Gaston Bosquet avait su se donner un violon d’Ingres par ses recherches flaubertiennes. Il m’avait confié qu’il laisserait, un jour, la région de Versailles, pour se rapprocher de son fils, et qu’alors, faute de bibliothèques suffisantes, il lui faudrait cesser ses recherches sur Flaubert : il en était peiné par avance. Chaque année, il nous adressait un mandat supplémentaire, pour faciliter la trésorerie de notre société et la publication de notre bulletin.

Il nous a laissés, voici bientôt un an. Pour nous, il restera le collègue parisien qui recopia, à la Bibliothèque Nationale, tous les articles parus dans les journaux parisiens sur la publication de Salammbô. Sans lui, nous n’aurions pu publier le numéro spécial que nous lui avons consacré : c’est ainsi qu’il comprit son devoir de vice-président. Il demeurera dans notre souvenir, comme un modèle de collègue dévoué et actif : un exemple à imiter.

Que son épouse et son fils trouvent dans le rappel de son souvenir, l’expression de nos regrets et de notre peine.

A. Dubuc

. Les Amis de Flaubert – Année 1968 – Bulletin n° 33, page 37

 

Sa Bibliographie

Presse médicale n° 34 :

En marge de Madame Bovary. Delphine Delamare s’est-elle suicidée ? (30 avril 1958).

Nouvelle Revue Pédagogique :

Le romantisme de Mâtho  (1er décembre 1960).

La leçon de Salammbô (15 décembre 1962). La moralité de Salammbô (1er février 1964).

Les Amis de Flaubert :

Yonville-l’Abbaye est-il  Forges ? 1957, n° 10.

Recherches sur quelques prototypes « traditionnels » de Madame Bovary. 1957, n° 11.

Les variantes de Madame Bovary permettraient-elles d’identifier les lieux et les personnages ? 1958, n° 12.

Autour de Flaubert et de son œuvre. Delphine Delamare s’est-elle suicidée ? 1958, n° 13.

Nouvelles recherches sur les sources locales traditionnelles de Madame Bovary. 1959, n° 15.

Pèlerinages au pays de Madame Bovary. 1960, n° 16.

Le romantisme de Mâtho. 1961, n° 18.

Le prototype de Mâtho. 1961, n° 19.

Le tempérament de Salammbô. 1962, n° 21.

L’impartialité de Flaubert dans Salammbô. 1965, n° 26.

Quidquid Volueris et l’aventure de Trouville. 1966, n° 29.

Le premier amour de Flaubert. 1967, n° 30.